Pendant longtemps, ses voitures ont fait l'objet de moqueries. Mais
depuis son rachat par Volkswagen au début des années 1990, l'image de
Škoda s'est considérablement améliorée. Et les Tchèques sont fiers
de l'une des marques qui représentent le mieux leur pays à
l'étranger. Visite du musée du constructeur automobile centenaire, au
cœur des usines de Mladá Boleslav.
« L'histoire de la société commence en 1895 avec la décision de
Václav Laurin et de Václav Klement d'ouvrir un atelier de production de
vélos. Laurin&Klement a été le premier nom de la société, ce
n'est qu'en 1925 que c'est devenu Škoda. On a lancé la production
du vélo Slavia qui a très vite été un grand succès. En voilà un
modèle… Grâce à ce succès, il y a eu assez d'argent pour investir
dans la production de motocycles, qui représentaient l'avenir. A
l'époque, des tricycles à moteur étaient déjà exportées en Chine,
en Inde en version vélo taxi ou encore au Mexique pour la poste. La
réputation était déjà très bonne et c'est pourquoi on a pu investir
encore plus, et cette fois dans la production de voitures. On est alors en
1905, dix ans après la création de la société. »
Comme le raconte Ivana, guide au musée Škoda Auto, l'histoire du
constructeur automobile tchèque, un des trois plus anciens au monde,
débute donc, à la fin du XIXe siècle, d'abord par la production de
vélos. 113 ans plus tard, avec plus de 700 000 voitures qui devraient
sortir de ses usines en 2008, Škoda est devenue la marque la plus rentable
du groupe Volkswagen qu'elle a intégré en 1991. Après plus de quarante
ans d'économie planifiée et une longue période de production d'un
modèle unique, son rachat par le voisin allemand a d'abord permis à la
société tchèque de survivre au passage à l'économie de marché puis
de réussir sa reconversion. Aujourd'hui, ses voitures ne sont donc plus
un sujet de plaisanterie, même à l'extérieur des frontières tchèques
où elles plaisent de plus en plus, comme le confirme Jaroslav Černý,
l'attaché de presse de Škoda :
« En 1991, Škoda n'exportait que dans trente pays. Actuellement, nous
exportons dans plus de cent pays à travers le monde. C'est vrai qu'il
y a encore de cela quelques années, la marque était connue
essentiellement en Europe centrale et de l'Est. Même si nos voitures se
vendaient aussi un peu en Europe occidentale, elles avaient la réputation
d'être de mauvaise qualité. Avec l'arrivée de Volkswagen, notre
image a rapidement évolué. Désormais, dans la tête des gens, la
qualité des voitures Škoda est équivalente à celle des autres voitures
du groupe Volkswagen comme Audi. »
Depuis 2004, Škoda est le partenaire officiel du Tour de France cycliste,
une des épreuves sportives les plus suivies dans le monde en termes de
cumul de téléspectateurs, après la Coupe du monde de football et les
Jeux olympiques. Un partenariat qui contribue à une meilleure connaissance
de la marque en France, bien entendu, mais aussi dans des pays comme la
Belgique, l'Italie et l'Espagne, où le cyclisme est un sport très
populaire. Et malgré les nombreux scandales qui accompagnent la course,
les dirigeants de Škoda se félicitent des retombées de ce partenariat.
La prolongation du contrat jusqu'en 2011 en est la preuve. Jaroslav
Černý :
« Lorsque nous avons commencé à collaborer avec le Tour, notre part de
marché en France était de 0,07 %. Actuellement, nous tournons autour de 1
%. Ca ne semble pas énorme, mais c'est quand même une preuve de notre
progression. Bien sûr, on ne peut pas affirmer qu'il existe un rapport
direct entre notre sponsoring et l'augmentation des ventes de nos
voitures ou l'amélioration de notre image de marque en France. Mais il
n'en reste pas moins qu'une certaine influence existe. »
Comme l'affirme le slogan de la pub, « Škoda, c'est simplement
évident ». Mais dans les faits, parallèlement à l'histoire
mouvementée de la Tchécoslovaquie au XXe siècle, l'évolution de
Škoda n'a pas toujours été si évidente. Pour s'en rendre compte, il
suffit de visiter le musée de la société, à Mlada Boleslav, à une
soixantaine de kilomètres de Prague. Là, au cœur du siège historique,
Ivana narre l'aventure de Škoda à travers chaque véhicule de
collection exposé, comme ce modèle très particulier :
« Février 1948 marque le début, si on peut dire, du régime communiste.
Une limousine a été spécialement construite pour le premier président,
Klement Gottwald. C'est une voiture blindée et très particulière avec
notamment le blindage sous la carrosserie. C'est pourquoi la voiture
pèse environ quatre tonnes, ce qui est très lourd et massif. Au total,
seuls 100 exemplaires sont sortis de nos usines, ils étaient construits
sur commande. Par exemple, une de ses voitures a été offerte à la Chine
de Mao Tsé-toung comme un cadeau de notre gouvernement. »
A Mladá Boleslav, petite ville de 45 000 habitants, les usines Škoda et
ses 21 000 employés constituent une véritable ville dans la ville. Ainsi,
pratiquement au moins un membre de chaque famille travaille à la
production des Fabia, Octavia et autres Superb. Chiffre presque incroyable,
en tenant compte de l'important réseau de fournisseurs, Škoda emploie
au total, directement ou indirectement, près de 5 % de la population
active du pays. Pour une grande majorité de Tchèques, les succès de
Škoda sont donc un vrai motif de fierté. Jaroslav Černý :
« Bien sûr, le facteur national joue un rôle important. En 1990, nous
avions 90 % des parts de marché en République tchèque. Aujourd'hui,
nous sommes à environ 40 %. Cette baisse s'explique simplement. Après
l'ouverture des frontières, la concurrence est arrivée et comme les
Tchèques sont des gens curieux, ils ont voulu essayer d'autres marques.
Dans un proche avenir, nous entendons toutefois nous maintenir à environ
30 % de parts de marché. Cela reste un chiffre exceptionnel, c'est une
situation qui n'existe pas dans les autres pays où il y a des
constructeurs automobiles. Alors, oui, on peut dire que les Tchèques
préfèrent acheter des voitures Skoda. »
Le slogan ne ment donc pas, aujourd'hui encore, en République tchèque,
Škoda, c'est bel et bien simplement évident.
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